Après le moment de recueillement imposé le 12 mai dernier dans tous les établissements du Rectorat de Dijon en mémoire des deux lycéens mâconnais décédés en scooter, c'est une lettre d'appel à la vigilance (lire ci-contre) qui sera lue aujourd'hui entre 10 et 11 heures dans toutes les classes de tous les collèges et lycées publics et privés de Saône-et-Loire. Cela concerne entre 50 000 et 60 000 jeunes. L'initiative vient du préfet Lalande, du président Montebourg du Conseil général, du président Girardon de l'association des maires de Saône-et-Loire, et de François Bourguignon, inspecteur d'académie. Ils cherchent à profiter de la très forte émotion qu'ont engendrée les morts de Jennifer le 3 avril à Fleurville, de Guillaume et Simon le 9 mai à Prissé pour rappeler chaque adolescent à ses responsabilités. La date, veille d'un grand pont du mois de mai où l'intensité du trafic routier provoque habituellement sa moisson de drames, n'est pas innocente.
Faire cohabiter forts et faibles sur la route;
Jennifer, Guillaume et Simon avaient 16 et 17 ans, ils étaient « à l'aube de leur vie » soulignent les quatre signataires de la lettre. Après témoignage de leur compassion avec les familles, MM. Lalande, Montebourg, Girardon et Bourguignon refusent d'invoquer « la fatalité ou le destin tragique ». Ils répètent aux jeunes que « la route est un espace de cohabitation entre les plus forts, les camions, les voitures, et les plus faibles, les 2 roues et les piétons. » Allusion évidente au fait que les trois victimes roulaient sur deux roues au moment de mourir, et que ce mode de locomotion est le plus répandu chez collégiens et lycéens. Et si chacun connaît les règles à respecter, ils déplorent que « la route semble rester un terrain de jeu pour certains usagers. Et dans les jeux, il y a toujours des perdants. »
« Suite à ces deux accidents dramatiques, nous avons estimé qu'il fallait faire quelque chose » explique François Bourguignon, inspecteur d'académie. « Avec le préfet, nous avons jugé nécessaire d'informer tous les élèves des collèges et lycées de Saône-et-Loire. S'il y a un temps de compassion, on ne peut pas s'en contenter. Nous avons voulu mettre en garde les jeunes contre les dangers de la route. Nous en appelons à leur responsabilité, nous en appelons aussi aux parents. »
Organisé très rapidement -les établissements n'ont été prévenus que dans la matinée d'hier, la lecture généralisée d'une lettre ouverte est rare. On se souvient que le président Sarkozy l'a instituée avec la lettre de Guy Môquet, condamné à mort par l'occupant allemand de la dernière guerre. Malheureusement la Saône-et-Loire, un département où l'on meurt beaucoup sur la route, se prête bien à une information directe des jeunes. Car si perdre un proche en pareille circonstance est toujours un drame, quand il s'agit d'un enfant ou d'un jeune, c'est insupportable.
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La lettre dans son intégralité
Le 3 avril, Jennifer, le 9 mai, Guillaume et Simon. trois jeunes de 16 et 17 ans décédés à la suite d'un accident de la route. Tous les trois disparus après un choc d'une rare violence. Trois jeunes, à l'aube de leur vie...
La jeunesse de Saône-et-Loire paie un lourd, trop lourd tribut à la violence routière.
Nous sommes toujours dans le temps du recueillement et de la compassion. Nous nous associons à la douleur des parents, des proches, des amis. Nous leur témoignons de notre solidarité.
Il serait trop facile pour justifier ces accidents d'invoquer la fatalité ou le destin tragique.
Plus que n'importe quel lieu, la route est un espace de cohabitation, entre les plus forts, les camions, les voitures, et les plus faibles, les 2 roues et les piétons.
Chacun connaît les règles à respecter, les bons comportements à adopter. Mais sur la route, comme ailleurs, l'individualisme prend le pas sur la responsabilité. Les faits montrent que malgré les messages de prudence, malgré la prévention faite depuis le plus jeune âge, malgré la répression, ultime arme contre la violence routière, la route semble rester un terrain de jeu pour certains usagers. Et dans les jeux il y a toujours des perdants.
La sécurité routière est une responsabilité partagée, ce n'est pas seulement l'affaire « des autres ». Ne pas conduire sous l'emprise de l'alcool, de stupéfiants, adapter sa vitesse aux conditions de circulation, à la météo, mettre son casque, s'assurer de bien voir et d'être vu, marcher à des endroits protégés, traverser sur des passages piétons... c'est simple, et c'est surtout essentiel pour préserver des vies : la vie des autres, celle de ses enfants, sa propre vie.
Ainsi nous en appelons aux parents. Ils seront, par leurs fédérations, destinataires de ce texte. Nous leur demandons d'exercer toute leur responsabilité pour protéger leurs enfants, de leur expliquer, de savoir parfois dire « non ».
Nous en appelons à toutes celles et ceux qui œuvrent auprès des enfants et des jeunes. Nous connaissons leur dévouement, nous saluons le travail accompli dans les écoles, les collèges, les lycées, pour informer, pour éduquer, pour prévenir.
Nous en appelons enfin à tous les jeunes. Votre vie vous appartient, mais vous devez accepter d'être conseillés, guidés. Vous devez accepter les règles. Votre sécurité n'est pas un jeu.
A la veille de ce long week-end, nous en appelons à la prise de conscience de chacun. Nous voulons croire que la tragédie ne viendra pas ternir ces moments de détente et de partage en famille ou entre amis.
Nous ne voulons plus opérer de comptes dramatiques à la fin de chaque période de repos, de détente.
Nous comptons sur vous.
